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Dieudonné Essomba : Les Camerounais ne se détestent pas et n’ont aucune raison de se détester

DE L’IDEALISME TROPICALISE

Les Camerounais ne se détestent pas et n’ont aucune raison de se détester. Il existe bel et bien une raison qui les pousse à se quereller : le partage des avantages que l’Etat distribue, à savoir, l’emploi public, les postes de pouvoir, les infrastructures publiques et les rentes de situation. En d’autres termes, les 4.500 Milliards de FCFA que l’Etat du Cameroun collecte, essentiellement à travers les impôts des multinationales, la douane et le pétrole.

Voilà en clair ce qui crée les tensions entre les communautés qui n’ont aucun contentieux entre elles et il n’y a rien d’autre.

Au lieu de résoudre ce problème en trouvant un mécanisme de régulation satisfaisant pour partager ces avantages, on passe le temps à réciter les concepts mystérieux de patriotisme, d’unité, d’amour du prochain, de l’Afrique qui ne doit pas se balkaniser, et autres connersies de la même espèce.

On nous ramène les déclarations de tel ou tel patriote, avant l’indépendance, au moment où les problèmes actuels ne se posaient pas, et que ces patriotes n’avaient pas nécessairement les aptitudes techniques pour aborder la gestion d’un Etat complexe.

Le recours à l’histoire, la prétendue lutte contre la balkanisation des Etats, les appels névrotiques à l’unité nationale ne peuvent rien apporter de bon au Cameroun.

L’Etat unitaire est intrinsèquement opposé à l’unité nationale, puisque précisément, ce sont ces avantages qui font la compétition et les tensions entre les communautés. Il ne peut conduire qu’à la guerre. La seule chose qui intéresse les citoyens, c’est bien l’emploi, les postes de pouvoir, les infrastructures et les rentes, car c’est du concret.

Les gens ne vivent pas de philosophie, mais de concret et c’est ce concret qui les motive. Le tribalisme revendicatif que nous voyons aujourd’hui dans tous les milieux, et sa forme extrême, l’ethnofascisme apparaissent au Cameroun comme l’expression d’une compétition débridée des Communautés sur les avantages de l’Etat unitaire et les espaces économiques nationaux.

Comment peut-on penser un instant qu’un objet de compétition peut devenir un instrument de l’unité ?

Ce n’est pas possible ! C’est un peu comme on laisse une plantation indivise à des frères, sans un mécanisme de régulation du partage des fruits ! Vous pensez que vous pouvez obtenir la paix en prêchant juste que des gens issus d’un même père et d’une même mère doivent s’aimer ? On supprime la cause du conflit, en partageant le champ, un point c’est tout ! Et la paix revient d’elle-même !

Quelle incroyable idée de croire que le charabia sur l’unité nationale peut empêcher une Communauté de constater que ses ressortissants n’ont pas d’emplois publics, qu’ils ne sont pas nommés ou que les autres ont des villages électrifiés alors qu’elle n’en a pas ?
Nous parlons de quoi-là ?

Il faut mettre fin à ce tralala ! Nous avons encore la chance que pour le moment, le tribalisme au Cameroun s’exprime encore comme un simple malaise, mais avec la compétition qui va s’intensifier, il finira par exploser l’Etat, conduisant à des purges ethniques par des chefs de guerre tribaux.

C’est cela la terrible leçon qui nous vient des pays africains : Centrafrique, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Léone, RDC, etc.

J’ai dit et j’ai répété qu’il faut absolument réorganiser l’Etat du Cameroun et le plus tôt possible en deux niveaux :

-un premier niveau, formé d’Etats fédérés, réservés aux citoyens de chaque Etat, entendus comme les originaires qui n’ont pas choisi un autre Etat, et les résidents qui ont choisi d’y faire leur vie. Ce niveau gère la moitié des ressources collectées et qui sont partagées suivant des règles claires et correspond à 70% d’emplois publics. Un Etat qui a pris sa part la gère et ne peut plus rien réclamer en ce qui concerne les missions dévolues à leur niveau;

-un second niveau, la Fédération qui gère l’autre moitié du budget, et comprend 30% des emplois les plus qualifiés de la République, recrutés parmi les meilleurs sans tenir compte de l’origine.

Qu’est-ce qui est magique-là ? Je n’ai pas encore bien compris ce que nous cherchons avec l’Etat unitaire ! On dirait qu’on nous a maudits !

Dieudonné ESSOMBA

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