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Arrestations de Kamto et cie : Et si le pouvoir fabriquait les héros

Suite aux manifestations interdites du samedi 26 janvier sur l’étendue du territoire du parti politique Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, le pouvoir a procédé à une vague d’arrestation dans la nuit du 28 janvier. Maurice Kamto, Albert Ndzongang, Christian Penda Ekoka, Célestin Djamen sorti de son lit d’hôpital pour ne citer que ces quelques-uns, ont été interpellés à Douala. Une situation prévisible depuis le 26 janvier au soir, quand le ministre de l’Administration territorial disait au cours de la conférence de presse donnée conjointement avec le ministre de la communication que le parti de Maurice Kamto ferait désormais face à la loi. Le Minat avait été particulièrement menaçant dans ses propos, pas étonnant que deux jours après le pouvoir durcisse le ton.

Le cours que prennent les évènements est somme toute normal, et est loin d’être particulier au Cameroun. Pas besoin aujourd’hui de faire le procès du régime, il est dans son rôle de s’assurer qu’il conserve le pouvoir et le protège, pas besoin non plus de faire le procès des opposants arrêtés, chacun dans sa posture a raison, la grande question est de savoir ce qui advient finalement du pays, ou plutôt à qui profite la situation. Une chose est sûre, l’image du Cameroun est désormais davantage écornée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, et une fois de plus il est difficile de penser que ce type de décision émane du Commandant en chef Paul Biya, et pour cause.

Il y a eu pire par le passé, pourtant….

Dans les années 90 qui marquent l’avènement du multipartisme, les rues camerounaises ont été particulièrement mouvementées par des manifestations populaires, conduites par des leaders de l’opposition. John Fru Ndi, Feu Samuel Eboua, feu Dicka Akwa, sans être exhaustifs, sont autant de présidents des partis politiques qui animaient les rues à l’époque. Les manifestations étaient parfois particulièrement violentes, avec des villes mortes soutenues par des casses, des incendies d’immeubles et des maisons des particuliers, des feux destructeurs sur les chaussées, des chasses aux sorcières de certains militants du parti au pouvoir. Bref, comparée à ce qui se passait à l’époque, rien ne se passe dans les rues ces derniers jours. Pour parler de l’ordre public, il était particulièrement troublé à cette époque. Aucune manifestation n’était non plus autorisée. Paul Biya âgé de 57 ans à l’époque, avec seulement 8 ans au pouvoir, n’avait jamais poussé le bouchon aussi loin que d’interpeller Fru Ndi, Samuel Eboua ou Dicka Akwa, même seulement pendant une minute.

C’est pourtant à ce moment qu’il avait le plus à craindre de perdre son pouvoir, et tout dans la rue le laissait présager. Si à 57 ans, avec 8 ans au pouvoir il n’a pas donné l’ordre d’arrêter les opposants de premières lignes qui constituaient une véritable menace, est ce à 86 ans avec 36 ans au pouvoir qu’il le ferait ? Du haut de son âge, peut-il encore craindre de perdre le pouvoir, avec les privilèges qui vont avec ? Difficile de répondre par l’affirmative. L’hypothèse selon laquelle les tenants du système travaillent à noircir le président Biya est de plus en plus plausible.

En Afrique, les patriarches en âge avancé font tout pour soigner leurs images, faire la paix autour d’eux, réconcilier leurs fils, petits-fils et arrières petits fils, avant de passer le témoin. Ils sont soucieux de l’image que la postérité retiendra d’eux, et ne demandent à leur entourage que de les aider à y parvenir. Mais dans le cas d’espèce ce qui est retenu de lui ce n’est pas l’image du démocrate dont il se réclame depuis des années. Le Cameroun a-t-il besoin de ça en ce moment ? Peut-on se le demander légitiment, avec toutes les patates chaudes qu’il y a sous la main ? Les établissements scolaires d’enseignement secondaire public n’ont pas toujours reçu à ce jour les frais de fonctionnement pourtant payés depuis septembre par les parents. Le championnat national de football n’a pas commencé alors que dans d’autres pays africains il tire déjà vers la fin, et dans quelques mois il sera demandé au niveau continental les représentants camerounais issus du championnat pour les compétitions africaines.

L’effet boomerang

La situation actuelle découle de l’interdiction des manifestations projetées par l’opposition, lesquelles sont pourtant prévues et encadrées par les textes, notamment la loi  n°90 /055 du 19 décembre 1990 fixant le régime des réunions et des manifestations publiques. Elle dit en son article 8 que et je cite « Le chef de district ou le sous-préfet qui reçoit la déclaration en délivre immédiatement récépissé. (2) Toutefois, s’il estime que la manifestation projetée est de nature à troubler gravement l’ordre public, il peut, le cas échéant: – Lui assigner un autre lieu ou un autre itinéraire ; – interdire par arrêté qu’il notifie immédiatement au signataire de la déclaration au domicile élu. »

Quelle est cette obstination de l’administration à interdire systématiquement toute manifestations publique de l’opposition alors qu’elle a aussi la possibilité de lui assigner un autre itinéraire ou un autre lieu si elle estime comme elle dit souvent, qu’il  y aura trouble à l’ordre publique ?  Pourquoi ne pas permettre  aux  populations d’exprimer leur ras-le bol ?

Omar Bongo disait en son temps : laisser les marcher, ça donne du travail aux cordonniers. Et cela se passait relativement bien avec ses adversaires politiques. L’emprisonnement des opposants est aujourd’hui une méthode dépassée, ayant par le passé produit plutôt des effets contraire. C’est de cette façon que le pouvoir dictatorial a fabriqué le président  le plus populaire du monde en Afrique du Sud, il s’appelait Nelson Mandela. Et déjà une certaine opinion pense que ces arrestations constituent le plus grand bien que le pouvoir vient de faire au Mrc.

Roland TSAPI

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