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Dieudonné Essomba : On ne négocie pas avec la sécession : on l’assèche avec un Etat local

Depuis un certain temps se dessine une nouvelle dynamique vers la négociation entre le Gouvernement et la Sécession anglophone. Face à cette perspective, certains posent comme contrainte les rebelles anglophones doivent d’abord déposer les armes !

Mais il faut être d’une incroyable naïveté pour imaginer un instant que les Sécessionnistes déposeront un jour les armes ! A tort ou à raison, une Sécession se croit un mouvement de libération, exactement comme l’étaient l’UPC, l’ANC, la SWAPO ou l’ANC. Comment peut-on demander à des gens qui se sont armés pour libérer leur « pays » des « envahisseurs étrangers » de déposer les armes ? Ils vont le faire sur la base de quoi ? C’est un non-sens absolu !

Comment imaginer un instant que des gens qui ont entrepris une résistance violente à l’Etat quand ils n’avaient pas d’armes, puissent le faire maintenant qu’ils ont acquis des armes et harcèlent les institutions publiques ? S’ils n’ont pas pu craindre l’Etat quand ils n’avaient rien pour se défendre, ce n’est pas aujourd’hui où ils ont moyens de répliquer aux fusils de l’armée par des fusils analogues qu’ils le craindront !

Et ce d’autant plus que la situation n’a pas évolué de manière favorable au Gouvernement, contrairement à ce qu’avaient espéré les va-t-en guerre, et contre nos mises en garde !

-SUR LE PLAN POLITIQUE, le pays est divisé et le camp des faucons qui exaltaient la puissance magique d’un Etat qui ne négocie jamais disparait peu à peu des radars, au profit des partisans du dialogue. Les débats sur la forme de l’Etat ne sont plus tabous, la fédération apparaissant même à certains comme la seule solution possible pour résoudre définitivement le problème, ce qui n’était pas envisageable il y a peu.

-SUR LE PLAN MILITAIRE, ceux qui proclamaient qu’une simple descente de la gendarmerie suffisait à tare le mouvement en sont pour leurs frais. Non seulement le renforcement continu des forces gouvernementales n’a pas pu éteindre le mouvement, mais celui-ci a pu résister, et s’organise, n’hésitant à attaquer leurs positions et à tuer leurs éléments ;

-SUR LE PLAN ADMINISTRATIF, l’Etat n’est plus présent que dans les grandes villes, ayant été obligé de désengager certains de ses services des petites localités, où les sécessionnistes règnent et imposent leurs règles ;

-SUR LE PLAN MEDIATIQUE, cette guerre est particulièrement réprouvée par tout le monde. Le Gouvernement du Cameroun et son armée sont condamnés de manière quasi-unanime, en dehors des médias d’Etat, alors que les exactions de la sécession ne le sont qu’à demi-mots, et souvent, comme une réaction pratiquement légitime des gens agressés ;

-SUR LE PLAN DIPLOMATIQUE, la situation du Gouvernement est particulièrement délicate, avec les USA, la Grande-Bretagne et d’autres puissances qui commencent ouvertement à durcir le ton. L’armée nationale et les forces sécessionnistes sont mises au même pied d’égalité, avec des condamnations de leurs exactions respectives. On parle de plus en plus de drame humanitaire, ce qui présage d’une intervention probable des forces d’interposition. On demande ouvertement au Président Biya de démissionner, comme pour lui dire qu’il n’a plus les ressources pour résoudre le problème anglophone ;

-SUR LE PLAN ECONOMIQUE, cette guerre déstabilise tout le programme de développement prévu et sur le plan financier, elle saigne le Trésor Public à blanc.

Les Forces Sécessionnistes sont parfaitement conscientes de cette accumulation des faiblesses du Gouvernement et rien n’arrêtera leurs attaques et leurs provocations. C’est donc une erreur d‘accrocher la négociation à la cessation d leurs attaques, comme se plaisent à dire les thuriféraires de la violence. Ils ne savent pas qu’ils jouent le jeu de la Sécession.

D’un autre côté, ceux qui demandent de négocier avec les Sécessionnistes n’ont rien compris de sa nature. Vous allez négocier quoi avec des gens qui ont en tête de libérer leur pays ? Leur indépendance ? Il n’ya rien à négocier avec eux !

Ce qu’on fait, c’est d’opposer à la Sécession un adversaire qui dispose au moins de la même légitimité et de la même maîtrise du terrain, et cet ennemi est l’Etat Local, qu’il soit fédéré ou régional. C’est donc avec les partisans d’un Etat Local qu’il faut négocier, pour asseoir les modalités et le partage des pouvoirs.

L’Etat Local permet de sous-traiter la Sécession et de la contrôler avec plus d’efficacité. Il assèche la Sécession en fournissant à la population un degré d’autonomie satisfaisant qui réduit considérablement son attractivité idéologique.

En outre, l’Etat Local crée une administration locale, une police locale et entretient une vie politique locale qui lui attirent l’adhésion et la coopération de la population, ce qui lui permet de réduire à peu de frais les mouvements sécessionnistes.

En définitive, l’Etat unitaire du Cameroun n’a pas les moyens de vaincre militairement la Sécession Anglophone et il faut renoncer à ce projet qui ne peut pas marcher. Plutôt que perdre du temps en espérant un essoufflement du mouvement, de faire des plans de guerre ou de faire des morales d’unité nationale aux Anglophones, il faut simplement mettre en place dans les plus brefs délais un ou deux Etats Locaux dans ces Régions.

C’est le seul moyen de sortir de la crise et il n’y a pas d’autres.

Dieudonné ESSOMBA

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